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Permis de gauche

The Fustigator
05.02.2011 - 11:26

"L'ancien journaliste d'Europe 1 veut faire de Libération "un
laboratoire des idées qui circulent à gauche". "Lutter contre la
déprime de la gauche, c'est un programme pour Libé. Aujourd'hui, la
gauche c'est tristesse et résignation. Il faut la réenchanter."

(source)

On ne peut évidemment qu'applaudir à cette ambition. Voilà qui semble
bel et bon et prometteur ainsi que chatoyant, que de vouloir lutter
contre une certaine atonie d'un camp politique qui a certes connu des
jours plus glorieux. Franchement, on aurait tellement envie d'adhérer.

Quel dommage que ça vienne d'un type comme Nicolas Demorand.
Qui est à peu près de gauche comme moi danseuse étoile au Bolchoï
puisque décidément pour être "de gauche", il ne suffit pas de se dire
tel : il y faut mettre un peu plus de substance que ça, tout de même.

Je veux bien que depuis la chute du Mur, on assiste à toutes les plus
improbables recompositions voir les plus invraisemblables mutations et
que n'importe quel clampin peut bramer qu'il est "de gauche" sans que
ça provoque désormais davantage qu'un demi-haussement de sourcil
consterné, surtout quand on voit les spécimens en question. Par
exemple, je ne
urprendrais personne en posant comme acquis que les
trépanés de Riposte Laïque ne sont pas de gauche, le consensus là
dessus sera largement partagé et peu importe que ces imbéciles
antisémites islamophobes prétendent le contraire, comme si on en avait
quelque chose à foutre de leur opinion. Alain Soral non plus n'est pas
de gauche, il est juste dérangé. Et Nicolas Demorand non plus n'est
pas "de gauche" puisque même si il n'appartient pas à la famille
précédente de fascisto-zinzins, il n'en est pas moins hors-jeu de par
le mépris systématique qu'il ne s'est jamais privé d'afficher envers
celles et ceux vraiment de gauche et ses petites crispations dès qu'on
ose parler d'antilibéralisme. Il suffit de se souvenir des notables
différences de traitement dont ont bénéficié Besancenot ou Mélenchon
d'une part, et Michèle Alliot-Marie de l'autre, et on voit bien que la
"gauche" en carton d'un Nicolas Demorand n'est que le prétexte à un
mieux-disant "moral" qui ne voit en revanche aucun inconvénient à
l'existence de l'économie de marché.

Ce qui tombe bien, vu que "réenchanter la gauche" dans un journal
appartenant à Edouard de Rothschild risque d'être un défi de haut
niveau.

Ensuite, franchement, ce n'est pas la peine de promettre monts et
merveilles quand Libé se contentera d'être encore plus pro-DSK et
ouvrira larges colonnes à tous les imbéciles "libéraux de gauche" qui
fustigeront l'archaïsme blablabla et chanteront les joies d'une
mondialisation heureuse blablabla dont à part eux et la poignée
dérisoire de libertariens français plus personne de raisonnable ne
veut.

Je pense de plus en plus qu'il faut instaurer un permis de gauche, sur
le modèle du permis de conduire, avec un code à passer, des exercices
concret de bonne conduite, des points à retirer qu'on pourrait
regagner après un stage, ce genre de choses. Comme ça à première vue
ça a l'air un peu coercitif, disons, mais à la fin, ça semble être le
seul moyen d'y voit un peu clair.


Par exemple, les manuel de permis de gauche commenceraient par poser
une poignée de questions simples et accessibles à toutes et tous
comme, mettons :
- Es-tu antilibéral ? (oui, on se tutoie, on est de gauche quoi)
- Es-tu antiraciste ?
- Es-tu égalitariste et désireux d'une société de justice sociale ?

Une fois les cases cochées, on passerait son "Code de la gauche", avec
des séances diapos qui montrerait des situations de la vie quotidienne
et des choix multiples, avec une seule bonne réponse, exemple une
photo d'une place boursière légendée : "ces gens jouent en Bourse,
qu'est-ce que je fais ?"
Réponse A : Ils ont raison car la spéculation enrichit les pays
émergents ;
Réponse B : Il faut moraliser le capitalisme ;
Réponse C : Ce sont des parasites qui s'enrichissent sur la spoliation
d'autrui ;
Réponse D : Les choses sont plus complexes.

Enfin, vous voyez l'idée, quoi.

Ah, ce ne sera pas simple, non plus, faudra réviser. Les écueils
seront multiples et certaines situations délicates, mais dame, on ne
va pas donner un permis de gauche à n'importe qui non plus. Et une
fois son Code de la gauche obtenu, on passera aux exercices en
situation, avec un moniteur de gauche qui vous observera dans des
situations concrètes et notera tout sur un porte-document en faisant
régulièrement des "hun-hun..." énigmatiques et angoissants. Aïe aïe
aïe, je suis sûr que je me suis planté à l'exercice de conventions
collectives au boulot, zut zut zut j'aurais dû mieux réviser, mais
bon, je suis certain d'avoir tout bon en antiracisme, là c'était
fastoche, puréééeee il me faut mon permis de gauche sinon c'est trop
la teuhon de ma vie devant les copains...

Et à la fin, on vous donne, enfin, une jolie feuille...rouge, disons,
ou grenat, ou amarante, j'aime bien l'amarante bref : vous obtenez,
enfin, votre permis de gauche qui vous autorisera officiellement à
vous dire de gauche partout et en tout lieux. Vous saurez fêter ça
dignement et ça restera un évènement marquant, comme un rite de
passage à la vraie vie adulte

Après, bien sûr il faudra faire attention : on ne pourra pas faire ou
dire n'importe quoi sous peine de sanctions ; par exemple, dire des
grosses bêtises comme "le voile est un symbole d'émancipation" = deux
points en moins. Aaaaah oui, c'est sévère, que voulez-vous. Mais ça
pourra aller vers du plus lourd, évidemment. Hugues Serraf et Manuel
Valls

Non, plus j'y pense, plus c'est la seule solution pour y voir clair.

(http://comite-de-salut-public.blogspot.com/2011/02/permis-de-gauche.html)




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